Ebola à Biakato : les députés Ezéchiel Barnabas et Sivamwenda Gilbert dénoncent de graves failles dans la riposte (Rapport d’évaluation de mi-parcours de la riposte contre Ebola en zone de santé de Mandima)
La riposte contre la maladie à virus Ebola dans la zone de santé de Mandima, particulièrement à Biakato, fait face à d’importantes difficultés organisationnelles, logistiques et sanitaires. Dans un...
La riposte contre la maladie à virus Ebola dans la zone de santé de Mandima, particulièrement à Biakato, fait face à d’importantes difficultés organisationnelles, logistiques et sanitaires. Dans un rapport d’évaluation à mi-parcours signé le 11 octobre 2026, le député national Kambale Ezéchiel Barnabas, avec le député provincial Kasereka Sivamwenda Gilbert, relève plusieurs insuffisances susceptibles de compromettre l’efficacité des interventions sur le terrain.
Intitulé « Rapport d’évaluation de mi-parcours de la riposte contre Ebola en zone de santé de Mandima », le document dresse un bilan contrasté des activités menées et formule une série de recommandations à l’intention des responsables de la riposte et des autorités sanitaires.
Parmi les principales difficultés relevées figure l’absence d’ambulance et de corbillard dans toute la zone de santé de Mandima. Selon le rapport, les corps sont transportés sur des motos ou dans des tricycles appartenant à des particuliers, une situation qui soulève des préoccupations en matière de prise en charge et de prévention des risques sanitaires.
Les signataires signalent également l’éloignement entre l’épicentre de la riposte et le bureau central de la zone de santé. Cette distance complique le travail des équipes sur le terrain et rend nécessaire, selon eux, un renforcement de la coordination locale.
Le rapport fait par ailleurs état d’une insuffisance du personnel soignant, d’un manque d’équipes de sensibilisation et de prévention et de l’absence de dispositifs de lavage des mains dans certains lieux publics, notamment les écoles, les églises, les marchés et les parkings.
Autre difficulté soulevée : l’absence d’un laboratoire fonctionnel à Biakato, alors que cette agglomération se trouve au cœur des préoccupations sanitaires. Les élus déplorent également l’insuffisance de l’évaluation quotidienne des activités, la mauvaise organisation de certaines équipes et la présence de matériels qui n’ont pas encore été distribués aux bénéficiaires.
Le document attire aussi l’attention sur le retard dans la communication des résultats. Selon ses auteurs, cette situation pourrait exposer à des risques de contamination des membres des familles des personnes décédées, notamment lorsque les informations nécessaires à la prise en charge ne sont pas transmises à temps.
Malgré ces constats négatifs, le rapport relève certains éléments encourageants. Il souligne notamment la prise en charge de certains cas confirmés par des structures non étatiques, avec une évolution jugée favorable.
Les signataires saluent également l’engagement d’une partie importante de la population, la mobilisation des leaders communautaires et des chefs locaux dans la sensibilisation, ainsi que la présence des équipes de riposte dans la zone depuis une semaine au moment de l’évaluation.
La participation des équipes d’enterrement digne et sécurisé (EDS) de la Croix-Rouge est également présentée comme un élément positif. Le document mentionne toutefois des tensions avec certains membres de la communauté, trois jeunes ayant notamment été conduits à l’auditorat militaire après avoir menacé des équipes EDS.
Ces éléments montrent que la lutte contre Ebola ne dépend pas uniquement de la disponibilité des moyens médicaux. Elle exige aussi une collaboration étroite entre les professionnels de santé, les autorités locales et les communautés.
La riposte sanitaire se déroule dans un environnement où les préoccupations sécuritaires constituent également un enjeu majeur. La région de Biakato et ses environs ont fait face à des menaces liées à la présence de groupes armés, tandis que des incidents ont aussi été signalés contre des équipes sanitaires.
Le 9 octobre 2026, des médias congolais ont rapporté l’interpellation de douze jeunes à Biakato, soupçonnés d’avoir menacé et caillassé des membres d’une équipe d’intervention engagée dans la riposte contre Ebola. Les autorités territoriales ont appelé la population à collaborer avec les agents sanitaires.
Dans ce contexte, la sécurisation des équipes médicales, la libre circulation des intervenants et l’adhésion de la population apparaissent essentielles pour assurer la continuité des opérations. Les résistances communautaires, lorsqu’elles empêchent les interventions, peuvent compliquer les activités de prévention, de prise en charge et de suivi des personnes exposées.
Il importe donc que les autorités compétentes conjuguent les efforts sanitaires, sécuritaires et communautaires afin de permettre aux équipes de travailler dans des conditions appropriées.
Face aux insuffisances relevées, Kambale Ezéchiel Barnabas et Kasereka Sivamwenda Gilbert préconisent plusieurs mesures urgentes. Ils recommandent notamment la dotation de chaque aire de santé en ambulance et en corbillard, l’installation de la coordination de la riposte à Biakato et le rapprochement du bureau central de la zone de santé de Mandima vers cette agglomération.
Les élus plaident également pour le renforcement des équipes engagées dans la riposte, l’installation effective d’un laboratoire à Biakato, la distribution rapide des matériels aux bénéficiaires et l’organisation d’évaluations quotidiennes avec les équipes intervenantes.
Sur le plan de la gestion des ressources humaines, le rapport recommande des recrutements fondés sur le mérite, la lutte contre le clientélisme et la fin du cumul des fonctions, avec le principe d’un agent pour un seul poste.
Les signataires demandent aussi que les agents payeurs accusés dans le cadre de rétrocommissions soient sanctionnés. Cette recommandation appelle, le cas échéant, à l’examen des faits et au respect des procédures applicables. Enfin, ils suggèrent d’étudier la possibilité de scinder la zone de santé de Mandima, qui compterait actuellement plus de 300 000 habitants selon le document. Les auteurs estiment que cette population, supérieure au seuil de référence de 100 000 habitants qu’ils avancent, rend la gestion sanitaire particulièrement lourde.
Alors que les défis sanitaires et sécuritaires se croisent dans cette partie de l’Ituri, la mobilisation des autorités, des partenaires humanitaires et de la population demeure déterminante pour soutenir efficacement la riposte.
Mwana Mpenzi Manzekele / HATUA NEWS



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